Vénitiens, Turcs… Grecs !
Sur le tour du Péloponnèse l’ancienne ville fortifiée de Methoni est l’occasion de replonger dans l’histoire d’un peuple qui a lutté pendant près d’un siècle pour recouvrer son indépendance. Conquise par les vénitiens lors de la 4ème croisade, la ville devient une escale marchande importante sur la route vers la méditerranée orientale. Pillée par les turcs en 1500, elle reste sous leur contrôle presque sans discontinuer jusqu’à sa libération par les français en 1828.

Un vent de rébellion a déjà commencé à souffler sur la Grèce dès le milieu du 18ème siècle, mais il faut attendre 1821 pour qu’éclate la guerre d’indépendance qui avec l’intervention d’autres pays aboutit finalement en 1830 à la création de l’état Grec.
Tout au long de cette tumultueuse histoire, la citadelle de Methoni a été le siège de nombreux combats et pourtant il reste encore quelques vestiges qui valent bien une visite. Depuis l’entrée principale protégée par deux énormes bastions, on peut suivre les remparts le long de l’ancien port marchand jusqu’à une porte qui donne sur la mer et permet de rejoindre le Bourtzi, un îlot fortifié dont la tour ottomane reconnaissable entre mille est devenue comme une sorte d’emblème de la ville. A côté des vestiges le bourg moderne est plutôt agréable, avec sa petite plage, ses terrasses et ses auberges. Un rien touristique mais sans plus, la rade de Methoni offrant en outre un mouillage sûr et bien abrité.

Coromandel n’en profitera pas longtemps, car le samedi 7 septembre en fin de matinée un bon vent se lève qu’il serait dommage de négliger : en une après-midi il nous emmène presque jusqu’au Cap Ténare dont les falaises s’illuminent sous le soleil couchant. Nous passons le cap dans la nuit pendant qu’un orage frappe de ses éclairs les proches sommets, une ambiance appropriée au côté légendaire du lieu puisque les anciens situaient les portes d’Hadès quelque part sur cette péninsule. Une fois sur le versant est du cap un vent capricieux couche le bateau par rafales. Il nous faut encore remonter la côte sur quelques milles pour atteindre Porto Kayio, une crique bien abritée où l’on peut enfin jeter l’ancre et se reposer le restant de la nuit.
Quand le soleil se lève je saute dans l’annexe et rame jusqu’au hameau qui occupe le sud de la crique. Au bord d’une minuscule plage une paire d’auberges sert encore en terrasse mais je ne vois que 2 ou 3 tables occupées. De l’embarcadère un sentier part au milieu des herbes sèches et chemine en direction du phare à l’entrée de la baie. Là-bas je m’assied sur les rochers et regardant le paysage au dessus des bateaux je me dis que l’endroit est un parfait repaire de pirate. Plus tard j’apprendrai que Porto Kayio servait de base à Lambros Katsonis, un héros révolutionnaire grec du 18ème siècle qui a combattu les turcs pendant 14 ans à la tête d’une flotte comptant jusqu’à 70 navires. Réputée pour ses histoires de clan et ses valeureux bandits, cette région qu’on appelle Le Magne est un peu à la Grèce ce que la Corse est à la France, une terre de caractère. L’Express lui a consacré un article qui donnerait à plus d’un l’envie de la visiter.