Sur l’île de Pélops
C’est la plus grande île de Grèce et ce n’est pas tout à fait une île. Coromandel l’aborde début septembre au port de Katakolon, bourgade proche de la mythique Olympie où sont nés les Jeux. Cette situation lui vaut une ruelle bardée de boutiques touristiques, ainsi qu’un sympathique petit musée des technologies des Grecs de l’antiquité. Entre autres curiosités on y trouve le réveil de Platon que l’on peut programmer pour siffler à l’heure voulue un fort bruit d’oiseau, une coupe dite de justice qui se vide entièrement dès qu’on la remplit trop, ou encore une cruche qui sert au choix du vin, de l’eau ou un mélange des deux. On oubliera pas non plus cette reconstitution du théâtre de Héron d’Alexandrie, un bijou d’automatisation dont la petite scène fait défiler une série de décors et de personnages animés accompagnés de bruitages… Une sorte de mini-cinéma quelques 1800 ans avant les frères Lumière !
Au sud de Katakolon s’ouvre une baie longue de 25 milles que Coromandel traverse sous le soleil et en bonne compagnie avant de jeter l’ancre dans le port abandonné de Kyparissia. Ici pas de capitainerie, les bateaux s’amarrent ou mouillent comme bon leur semble. Je débarque le soir à deux pas d’une plage bordée de palmiers où s’attardent encore des joueurs de beach volley et quelques baigneurs.
Dauphin volant, très rare
Dans le golfe de Kyparissia
ELPE tenant la Grèce...
En remontant la rue qui mène au centre je croise un groupe d’épouvantails qui en disent long sur ce que pensent les gens du coin en matière de politique : La mer personnifiée regarde se jeter en son sein les migrants victimes des marchés conclus entre les dirigeants de ce monde, pendant qu’un agent du Frontex enchaîne le peuple condamné à son triste sort… Tout près d’eux un représentant de Hellenic Petroleum (abrégé ELPE en grec) mène la Grèce par la main, référence sans doute à un accord récent autorisant la société pétrolière à exploiter les fonds marins dans le golfe de Kyparissia, celui-là même que je viens de traverser en compagnie des dauphins…
Le lendemain après avoir parcouru la moitié du bled à pied pour trouver enfin une recharge de gaz, j’achète un bidon de 20 litres pour l’essence et le fais remplir. Sur le chemin du retour je sens quelque chose couler le long de mon bras… Cette saleté de bidon fuit carrément au niveau du bouchon ! Malgré ces complications je reste assez fier de mon butin de la matinée, Coromandel peut lever l’ancre. Sortie du golfe puis route vers le sud, moteur-voiles-moteur, le vent manque, quand le soleil décline on a guère fait plus d’une vingtaine de milles…

Sur tribord se trouve une île, Nisis Proti, et la carte montre deux criques de ce côté ; je décide d’aller voir de plus près. La première n’en est pas vraiment une, si ça c’est un mouillage moi je suis le pape en personne ! La seconde en revanche me fait tout de suite bonne impression : elle est plutôt bien abritée, au pied d’une grande falaise, et bordée de rochers sur lesquels je peux tirer une amarre sans trop de difficulté. Sur les hauteurs de l’île se dresse un monastère éclairé la nuit comme un veilleur solitaire.

De bon matin je pousse l’annexe jusqu’à un petit embarcadère au pied d’un sentier qui grimpe pour aboutir devant le portail fermé du monastère. Un rapide tour du bâtiment montre que la grande terrasse fleurie visible depuis la mer n’est pas l’œuvre des moines… L’endroit a été transformé en villa privée, ici aussi la crise a frappé !