Refuge piégeux pour pirate

Le petit port de Cargèse offre une escale bien sympathique au pied d’un village dont les deux églises, catholique et orthodoxe, se font face à face de part et d’autre d’un petit vallon escarpé mangé par les buissons. On y monte par un raidillon bordé de figuiers de barbarie et de lauriers en fleurs, jusqu’à des ruelles avec des escaliers de pierre et des terrasses ouvertes sur la mer. Ici on s’amarre étrave-à-quai car le bord de la digue n’est pas franc. Clairement endommagée, celle-ci montre de grandes fissures témoignant de la violence de la tempête Adrian qui a ravagé les côtes corses en octobre 2018.

Après 2 nuits à quai Coromandel reprend sa route vers le nord et notre prochaine escale, immanquable, est le port naturel de Girolata. Le lieu, bien que très touristique l’été, est encore assez tranquille à cette saison. Entre deux amarrages le gars qui gère le port a le temps de se poser sur une chaise avec sa guitare.

C’est dans cet endroit paisible que le pirate barbaresque Dragut, successeur du célèbre Barberousse, est capturé le 15 juin 1540, pris par surprise alors qu’il est occupé au partage de son dernier pillage ! Mais sa carrière ne s’arrêtera pas là car après 4 ans de captivité les turcs parviendront lors du siège de Gênes à négocier sa libération et le terrible Dragut reprendra alors du service, plus farouche que jamais…

Pendant la nuit un fort vent du sud descend des montagnes jusqu’à notre mouillage, chahutant le bateau qui tire sur le coffre auquel il est amarré. Le lendemain ce vent souffle encore et nous repartons avec ris et trinquette pour sortir du golfe et longer la réserve de Scandola. Avec ce temps, impossible de se rapprocher des grottes pour y admirer les poissons, on se contente de photographier les falaises colorées, restes d’un ancien volcan effondré en mer.

Par vent arrière nous devons tirer des bords pendant de longues heures pour remonter la côte avant de pouvoir dépasser la pointe de la Revellata et mettre le cap sur la citadelle de Calvi. Au passage de la pointe le vent forcit et Pierre se régale à la barre en menant le bateau à plus de 8 nœuds sur les vagues !