De Sines à Sagres

Comme pour la plupart des marins en route vers le sud, Sines est notre dernière escale avant le Cap Saint-Vincent à la pointe sud-ouest du Portugal : Sur les 100 km de côte qui nous en séparent il n’y a pas un seul abri digne de ce nom pour un bateau comme Coromandel. Nous attendons donc bien sagement une météo qui nous permette de franchir le cap et d’aller jusqu’à Sagres où se trouve un mouillage bien abrité.

Sines n’a rien de touristique mais s’avère être une bourgade bien sympathique. En vrac on y trouve une pâtisserie où l’on confectionne de délicieuses tartes aux amandes et à la confiture de courge, un bar dont le patron brasse ses propres bières, ou encore une auberge qui sert sans chichi et pour quelques pièces des petits plats mijotés, des grillades de viande et de poisson, sans oublier — pour le plus grand bonheur de Giusi — d’excellents desserts portugais comme le Molotof, une sorte de pudding aux blancs d’œuf.

A Sines il y a aussi une ancienne gare désaffectée des années 30, pas banale voire carrément insolite avec son toit à pointes et ses murs recouverts de fresques… Enfin la veille de notre départ nous avons la chance de voir arriver au port un vieux bateau à voiles de 40 mètres, le Eye of the Wind, qui accoste au bout de notre ponton. Nous discutons un peu avec l’équipage, ils sont en partance pour les Caraïbes… Leur gréement compte pas moins d’une douzaine de voiles, leur cuisine est aussi grande que notre carré, avec un vrai cuistot de métier qui prépare les repas et sonne la cloche quand la table est servie !

Quand nous quittons Sines le jeudi 1er novembre au matin nous ne sommes plus que 4 car Giusi et Jean-Michel repartent de leur côté : Après 2 mois passés en leur compagnie c’est avec une réelle tristesse que nous les voyons rester sur le quai 🙁 Pour parfaire ce début de journée déjà un peu morose le vent — pourtant annoncé — manque et nous devons naviguer au moteur dans une mer creusée par la houle… Haut les cœurs ! Aux dernières lueurs du jour nous voyons le cap se rapprocher et quand nous le franchissons la nuit est déjà tombée. Du haut des falaises le phare balaie l’horizon de sa puissante lumière — il porte à plus de 30 milles de la côte — pendant que le bateau peut enfin faire route vers l’est, direction la Méditerranée 🙂

Passé le Cap Saint-Vincent il ne faut guère plus d’une heure pour rejoindre notre mouillage dans une crique au sud de Sagres et pouvoir profiter d’une nuit plutôt calme pour nous reposer. Le lendemain matin, face à la plage qui borde la crique nous ne résistons pas à l’envie de mettre pied à terre… Sauf Selma bien sûr, qui dort encore. Et tant mieux pour elle, car au moment de débarquer une vague déferle sur notre annexe ! Trempés jusqu’à mi-corps nous la tirons aussi vite que possible sur le sable à l’abri des rouleaux et nous enlevons nos fringues pour les faire sécher… Heureusement ce bon soleil de l’Algarve parvient à nous réchauffer entre deux passages de nuages et l’on peut bientôt repartir prendre un café bien mérité, avant de nous promener le long des hautes falaises entre Praia da Mareta, notre plage d’infortune, et le petit port de pêche de Baleeira.

Un pêcheur qui n’a pas peur du vide